Jean-Luc Mélenchon, l’aventurier (tribune libre)

Je vous copie ci-dessous l’intégralité d’un article paru sur le blog de mon ami El Diablo. Une tribune réfléchie, étayée, analysée qui rejoindra sans doute bien des choses que vous pensez.

FDG-pour5mai2013a

Je vous propose, tel quel et comme contribution au débat, le courrier d’un militant, reçu ce jour sur ma messagerie.

Diablo

Le dimanche 5 mai 2013 c’est jour de manif pour … une VIe république, c’est Jean-Luc Mélenchon qui l’a décidé, tout seul démocratiquement ! Le PCF n’a pas eu d’autres choix que de suivre, sinon c’était la fin du Front de gauche!

La Constitution définit l’organisation de l’Etat. Elle est l’expression des forces dominantes. Le changement de Constitution qui a accompagné le passage de la IVe à la Ve République s’est caractérisé par la prédominance de l’exécutif sur le législatif. La fin des années 1950 fut caractérisée par une crise d’accumulation du capital, la décolonisation rendue nécessaire par le gouffre financier du système colonial et le début de l’intégration européenne. Ces enjeux imposaient à la bourgeoisie une autre organisation de l’Etat mieux adaptée aux besoins de l’accumulation du capital.

Rappelons que la SFIO a joué un rôle essentiel dans la naissance de la Ve République. L’essentiel pour Guy Mollet était de préserver l’Etat de l’influence du PCF.

Aujourd’hui, le rapport des forces est particulièrement défavorable aux salariés et par conséquent très favorable au capital. Le mécontentement est énorme, mais ce qui domine, c’est l’abattement, le découragement, la désillusion, la rancœur. La faiblesse de la mobilisation contre l’ANI, l’atteste. Pour changer la Constitution, il faut d’abord prendre l’Etat.

Et ce n’est pas par le miracle de la manifestation et du suffrage universel que l’Etat sera pris et la Constitution changée. La bourgeoisie, n’est pas prête à abandonner le pouvoir. En 1968, De Gaulle s’est assuré de la fidélité du 2e Corps d’armée au cas où la police et la gendarmerie n’auraient pas été suffisantes pour assurer l’ordre dominant. La prise de l’Etat bourgeois implique la lutte de classes, c’est à dire la lutte politique dans l’entreprise, lieu de production des richesses de l’exploitation des salariés et d’émergence des contradictions génératrices des crises. Ce lieu, le PCF l’a déserté pour se réduire à une machine électorale accompagnant les idées dominantes sous un vernis contestataire. (Le supplément de « l’Humanité Dimanche » du jeudi 25 juin 2009 : Spécial développement durable, Réchauffement Climatique Urgence ! l’illustre parfaitement)

Il est peu vraisemblable que les salariés soient enclins à manifester pour un objectif aussi stratosphérique qu’une… nouvelle constitution.

Le PCF qui est devenu le marche pied des ambitions de Jean-Luc Mélenchon, essaie de donner un contenu social quelque peu parlant à la manifestation du 5 mai. Mais le PCF, n’est plus dans les entreprises, il s’est coupé du monde du travail depuis longtemps. Manifester contre la finance, est aussi mobilisateur que manifester… contre le réchauffement climatique. Après Maastricht, l’OMC, l’AGCS, voici le nouveau responsable de nos malheurs… la finance !

Autant de cibles inaccessibles pour les salariés.

Les salariés ont du mouron à se faire, le NPA se joint au 5 mai. Le NPA dont l’anticapitalisme se réduit à son nom, est pour le partage du temps de travail comme l’était la CFDT de Nicole Notat. Le patronat peut dormir tranquille, le danger ne viendra pas de ce côté-là.

Entre le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon et le NPA les différences sont tenues. Ce n’est pas pour rien que le Parti de Gauche est en train de siphonner le NPA. Tous les deux flirtent avec l’idéologie de la décroissance, (anti nucléaires, anti OGM, anti-nanotechnologie). Sur les 7 membres du Front de gauche, 5 participaient à la chaine anti-nucléaire, jour anniversaire de Fukushima. Au PG comme à Attac on est très militant antinucléaire : http://www.tribunalrusselnucleaire.org/

En tant que responsable syndical CGT, je suis frappé par l’antiparlementarisme qui gagne les militants syndicaux. Cet antiparlementarisme amorcé par l’affaire Cahuzac repose sur la continuité de la politique menée par l’UMP et le PS et est alimenté par les groupes trotskystes et le populisme de Jean-Luc Mélenchon.

Ce dernier par ses propos outranciers, complaisamment relayés par les médias, qui cachent le vide de ses propositions contribuent à la déconscientisation des victimes de la crise. Le PCF prend une très lourde responsabilité en s’alliant avec cet aventurier.

Jean-Luc Mélenchon tient à la fois de Beppe Grillo et du général Boulanger. Beppe Grillo par ses outrances, le général Boulanger par son ambition personnelle, ses initiatives intempestives et la coalition hétéroclite sur laquelle il s’appuyait.

Jean-Luc Mélenchon, comme Lionel Jospin, Jean-Christophe Cambadelis, Henri Weber est un transfuge de l’OCI. Comme eux, il a quitté l’organisation trotskyste pour le PS quand ce dernier est arrivé au pouvoir.

Rejoindre le PS, c’était se rapprocher de l’exercice du pouvoir mais aussi continuer de façon plus efficace la lutte contre le PCF. Fidèle à son anticommunisme, il était en janvier 2008 aux obsèques du fondateur de l’OCI et responsable FO, Pierre Lambert, au côté d’André Bergeron, Marc Blondel, Jean-Claude Mailly, et du grand maitre du grand Orient de France. N’est-il pas lui-même franc-maçon ! Franc-maçon et révolutionnaire, chercher l’erreur !

En 2008, il quitte le PS pour fonder le Parti de Gauche qui lui est entièrement dédié parce que le poste de porte-parole du parti qu’il ambitionnait fut dévolu à Benoit Hamon.

Après avoir été promaastrichien, il est maintenant pour l’écosocialisme, c’est-à-dire le capitalisme bon chic bon genre de la décroissance ! Deux jours après Fukushima, il manifestait au Trocadéro avec les talibans de l’écologisme.

Jean-Luc Mélenchon est un aventurier qui vise à utiliser le mécontentement pour constituer autour de sa personne une majorité politique s’appuyant sur le Front de gauche, les écolos, et une partie du PS.

L’expérience montre, surtout dans cette phase de découragement que deux manifestations rapprochées n’encouragent pas la participation. Le 5 mai risque de détourner du 1er mai Or, la seule manifestation qui fait sens est la manifestation syndicale du 1e mai.

Quand on est responsable, on prend des initiatives en rapport avec les objectifs qu’on se fixe. Si le 5 mai est un succès, sur quoi débouchera-t-il compte tenu de son mot d’ordre ? Le seul à en tirer profit sera Mélenchon. Dans sa surenchère permanente, quelle sera sa prochaine initiative ? Vers quelle aventure va-t-il entrainer le PCF ? Sa façon très personnelle de diriger trahit le caractère très artificiel du Front de gauche, son unité de façade.

Les communistes ont-ils tellement honte d’eux-mêmes de leur identité qu’ils vont accepter de payer seuls l’ardoise de 527 000 euros de la campagne des présidentielles laissée par Jean-Luc Mélenchon et que le Parti de Gauche refuse d’assumer. Après tout, pourquoi le PG et son dirigeant se généraient ils, la Direction du PCF leur est totalement soumise. Engluée dans sa stratégie d’alliance sans principe, elle est incapable de sortir du Front de gauche pour le plus grand bonheur du social-démocrate Jean-Luc Mélenchon qui va terminer le travail initiée par François Mitterrand : à savoir liquider le PCF !

Gilles MERCIER

Militant syndical

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