La Montagne 22/10/11 : Martel prend le parti de la rupture

Georges Martel quitte le Parti Socialiste après 43 ans d’engagement. Alain Albinet, journaliste à La Montagne relate le parcours de ce militant bien connu des Corréziens

Militant pendant 43 ans, salarié du PS pendant 22 ans, Georges Martel a rendu sa carte, jeudi. Sans détours, ce vieux loup de la politique explique ses états d’âmes.

«On va fêter ça en se payant un bon restau ». Entre une touche de dépit et un sentiment de libération, Georges Martel, a décidé, jeudi, de rompre avec 43 ans d’appartenance au Parti socialiste, le jour du 45e anniversaire de sa rencontre avec Nicole, son épouse corrézienne.

Rien à voir entre ces deux histoires de fidélité. Sinon que l’une continue bien, l’autre finit mal.

Membre de l’aile gauche du PS, Georges Martel souligne n’avoir de compte à régler « avec personne en particulier. C’est une décision qui n’est pas d’aujourd’hui », avoue-t-il, « mais le vase déborde. Il y a eu l’affaire des Régionales où deux de nos sortants ont été balayés sans explication. L’affaire des Cantonales sur Eygurande où l’on a viré notre candidat, qui a gagné, et qu’Hollande est bien content de trouver dans sa majorité. Il y a l’attitude sournoise de cette fédération où l’on ne privilégie pas le débat »

La gifle des primaires

Mais la goutte fatidique pour Georges Martel a été le score réalisé, dimanche dernier, par Martine Aubry, sur le département, lors des primaires à gauche. Un cinglant 5,77 % pour les trois papys rose vif : lui, Jacques Calmon et Jean-Claude Darmengeat, deux anciens secrétaires fédéraux pendant une quinzaine d’années, qui avaient eu le courage de monter un comité de soutien en pleine Hollandie.

Un désaveu pour Georges Martel qui signifiait le bout d’un engagement. « Je n’ai plus rien à faire dans ce parti en Corrèze ».

Né en janvier 1945 dans une petite commune près de Château-Chinon, dans la Nièvre, le petit Martel est un enfant du mitterrandisme. « Ma mère tenait un café-épicerie-bazar dans le village où se retrouvaient les gens de gauche », raconte-t-il. « Quand le président du Conseil général, François Mitterrand passait travailler avec les élus, il venait boire un coup en s’asseyant toujours à la même place. Je l’ai servi plusieurs fois. Il prenait toujours un Vittel-menthe ». Après des études à Nevers, où Pierre Bérégovoy était devenu maire, le jeune Martel monte à Paris, à 18 ans, pour se faire embaucher au Crédit Lyonnais. De retour de son service militaire, il est élu délégué CGT du personnel et devient permanent syndical dans sa banque.

Voisin d’Arlette Laguiller

« À côté de mon bureau, il y avait celui de la permanente de Force Ouvrière, Arlette Laguiller », se souvient-il, « elle s’est présentée trois fois à la présidentielle pour Lutte Ouvrière pendant que j’étais là ».

C’est à la faveur de l’occupation des locaux du Crédit Lyonnais, en mai 1968, que Georges Martel décide de s’intéresser de plus près à la politique et d’adhérer à la SFIO. En tant que délégué d’entreprise, il participera au congrès d’Épinay, fondateur du Parti socialiste, en 1971, sous l’égide de François Mitterrand.

« Par l’intermédiaire de connaissances communes, Jospin est venu me chercher, après la victoire de mai 1981, pour que je travaille au siège, à Solferino », indique l’ex-syndicaliste, « ils m’ont embauché comme délégué général aux entreprises pour développer l’implantation du parti ». Versé un temps dans la fonction de délégué général aux fédérations, sous la direction de Jean-Pierre Bel, le nouveau président du Sénat, Georges Martel verra passer bien des premiers secrétaires : Jospin, Fabius, Rocard, Emmanuelli, Mauroy, le dernier étant François Hollande.

Pas envie de replonger

Des problèmes de santé feront qu’il partira en préretraite à 58 ans, en 2003, pour s’installer en Corrèze, le département de son épouse, où il possédait une maison à Montaignac-Saint-Hippolyte. L’ex-salarié-militant du PS n’abandonne pas pour autant la politique et s’inscrit à la section de Malemort, à la faveur d’un déménagement à Varetz. Membre du conseil national du parti, il est aussi vice-président de la commission des conflits et a participé, à ce titre, aux évictions de Roland Dumas et de Georges Frêche.

Adhérent à l’association anti-corruption et à la Ligue des droits de l’homme, Georges Martel est un des fondateurs de l’association corrézienne Cap à gauche. Content d’y trouver « de l’amitié et de la fraternité », il y continuera son action militante, mais ne souhaite pas, aujourd’hui, intégrer un autre parti politique.

« Ce n’est pas de gaieté de cœur que je m’en vais du PS, mais c’est une décision mûrie », lâche-t-il, « je n’ai pas envie de me replonger dans la politique pour l’instant. Pas envie de retrouver des choses du même type, ailleurs ».

Et le citoyen Martel, pour qui votera-t-il ?

« A gauche ». Même pour ceux dont vous avez déploré le comportement ? « On verra le moment venu. S’il y a une alliance à droite, je ne serais pas de ce camp-là ». Et l’oeil pétillant : « J’attends avec délectation ce qui va se passer aux prochaines législatives ici, avec l’application du non-cumul des mandats et de la parité ».

 

Merci au journal La Montagne et à M. Alain Albinet pour la reprise de cet article dont la page originale se trouve ici

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2 réflexions sur “La Montagne 22/10/11 : Martel prend le parti de la rupture

  1. Bonjour Annie. Bien sûr qu’il faut faire connaître cet exemple et bien d’autres.
    Lors du Meeting de JLM à Brive le 11 octobre dernier, nous avons même eu des Socialistes qui sont venus prendre leur carte.
    Quant à Georges, d’après l’article il ne semble pas vouloir s’engager à nouveau. Mais bon il faut lui laisser le temps de digérer. C’est un être intelligent.
    Bises

  2. mais il faut faire connaitre cet exemple, il est remarquable. Je vais y penser pour relayer prochainement.
    Il n’aurait pas l’idée de nous rejoindre ?

    Des faits similaires dans tellement de sections

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